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Combien coûte la vie au Canada en 2024 ?
20 janvier 2026
Canada Projet d'immigration

Combien coûte la vie au Canada en 2024 ?

Pourquoi parler du ratio salaire/loyer est-il si important au Canada ?

Avant d’aborder les faits saillants du rapport, il convient d’accorder une attention particulière au logement locatif au Canada, véritable épicentre de la crise dans le contexte économique actuel. Je ne vais pas vous sortir des formules magiques pour vous expliquer ce que vous devez absolument savoir dès le départ si vous envisagez d’immigrer dans le Grand Nord en 2024.

Mettez donc en tête de liste de vos préoccupations financières la règle d’or suivante : si votre revenu net (votre salaire après déductions et impôts) ne vous permet pas de maintenir vos dépenses de logement en deçà de 30 % de votre revenu, le risque de vous retrouver dans le rouge et de devoir plier bagage dès votre première année au Canada est très élevé.

À titre indicatif, prenons l’exemple du salaire minimum au Québec, fixé à 15,25 $ CAD l’heure pour l’année 2023.

Salaire minimum net au Québec en 2023

Salaire minimum net au Québec en 2023 - Source : Talent.com

Remarquez que sur ces 2 478 $ CAD (salaire brut mensuel calculé sur une base de 40 heures par semaine), seulement 1 872 $ CAD atterrissent réellement dans vos poches après une retenue fiscale d’environ 25 %. Dans ce scénario, votre dépense de loyer ne devrait pas dépasser 30 % de vos gains nets, ce qui représenterait « en théorie » un coût maximal de 560 $ CAD par mois.

À lire aussi : « Comment calculer son salaire au Canada »

Sans vouloir vous décourager, cher lecteur, trouver un logement à ce prix relève presque de l’impossible, même pour une simple chambre d’étudiant dans les grands centres urbains canadiens.

De plus, vous devez être conscient qu’avec les 1 315 $ CAD restants, vous devrez accomplir l’exploit de faire l’épicerie, payer le transport en commun et couvrir toutes vos autres dépenses de base — un défi colossal à l’heure actuelle, même pour une personne seule. Et si je n’ai pas inclus les loisirs dans ce calcul, c’est tout simplement parce qu’ils sont inexistants dans ce contexte hypothétique.

À lire aussi : « Comment trouver des loyers moins chers à Montréal »

J’ai déjà beaucoup écrit sur le coût de la vie au Canada sur d’autres plateformes, mais j’en parle peu sur Vous au Québec, ayant lancé ce blogue plus récemment. En 2018, lors de mon arrivée ici, les dépenses étaient bien plus faciles à contrôler et à prévoir. J’ai vu les prix des aliments dans les supermarchés rester stables pendant près de trois ans. C’était comme vivre un conte de fées comparativement à mon ancienne vie au Brésil.

Avec la pandémie et les bouleversements géopolitiques à partir de 2021, ce conte de fées a rapidement cédé la place à un resserrement financier et à beaucoup plus de prudence dans la gestion de l’argent. Prendre des décisions financières comme déménager dans un appartement plus grand et plus confortable n’était plus aussi simple qu’avant la COVID.

Toutefois, le but de cet article n’est pas de semer la panique chez ceux qui rêvent encore de franchir le pas pour s’épanouir sur le plan personnel et professionnel. C’est un sujet délicat pour moi, qui me vaut parfois l’étiquette de rabat-joie ou de pessimiste lors d’échanges avec de nouveaux arrivants, particulièrement ceux qui débarquent au Canada mal informés par des créateurs de contenu qui continuent de vendre le rêve canadien comme s’il était à la portée de tous sans effort.

Alors, s’il vous plaît, cessez de croire aux illusions selon lesquelles on peut vivre confortablement au Canada avec un seul salaire minimum. Cette époque est révolue. J’en parlais déjà sur mes réseaux sociaux dès décembre 2022. Quelques mois après avoir publié une vidéo sur TikTok à ce sujet, des dizaines d’autres créateurs ont emboîté le pas.

Dans cet article, je laisse de côté mes impressions subjectives pour m’en tenir aux données réelles publiées dans une étude menée par l’économiste principal David Macdonald et l’économiste politique Ricardo Tranjan. Ce rapport a d’ailleurs fait grand bruit au pays, faisant la une des grands médias canadiens pendant plusieurs semaines après sa parution en juillet.

Je devais absolument vous en parler plus tôt, mais vous savez ce que c’est : l’été québécois ralentit le rythme de tout le monde (moi y compris). Mais rassurez-vous, vous comprendrez très vite ce phénomène dès votre premier été ici !

Le rapport original est accessible ici : Can’t afford the rent: Rental wages in Canada 2022

Des salaires minimums bien en deçà du revenu nécessaire pour couvrir les dépenses de logement au Canada

La pression des taux d’intérêt élevés et la pénurie de logements abordables ont transformé le quotidien des locataires canadiens en véritable parcours du combattant ces trois dernières années. Les personnes vivant avec le salaire minimum dans presque tous les quartiers du Canada perdent littéralement l’accès au marché locatif en raison du décalage criant entre leurs revenus et le coût des loyers.

Dans ce rapport intitulé « Can’t afford the rent : Salaires locatifs au Canada 2022 », les deux économistes utilisent un indicateur appelé le « salaire locatif » (rental wage). Concrètement, cet indice représente le taux horaire requis (dans chaque province) pour pouvoir payer son loyer en travaillant à temps plein, tout en consacrant moins de 30 % de son revenu brut au logement. L’étude compare ensuite ce chiffre avec le salaire minimum en vigueur dans chaque province. (Consultez la liste officielle du gouvernement fédéral sur ce lien)

Parmi les conclusions marquantes du rapport, on constate qu’en Colombie-Britannique, par exemple, le salaire locatif pour un logement de deux chambres (4½) dépasse le double du salaire minimum de 15,65 $ CAD l’heure (qui était alors le plus élevé au pays). L’écart entre le salaire minimum et le salaire locatif pour un logement d’une chambre (3½) frôle les 12 $ CAD l’heure.

De même, en Ontario, l’écart entre le salaire minimum de 15,50 $ CAD l’heure et le salaire locatif pour un logement d’une chambre dépasse 10 $ CAD. Cette différence grimpe à 14,40 $ CAD pour un logement de deux chambres.

À lire également : [Comment faire une demande de certificat d’acceptation du Québec (CAQ) en 2026]

Source : Rapport Can’t afford the rent: Rental wages in Canada 2022

Notez également qu’à Vancouver et à Toronto, même deux personnes travaillant à temps plein au salaire minimum devraient consacrer plus de 30 % de leurs revenus combinés pour se payer un logement d’une seule chambre.

À Vancouver, Toronto, Kelowna, Victoria, Ottawa et Halifax, le salaire requis pour louer un appartement de deux chambres représente plus du double du salaire minimum provincial en vigueur.

Centre canadien de politiques alternatives (CCPA)

Rapport sur les salaires de location au Canada 2022

Source : Rapport Can’t afford the rent: Rental wages in Canada 2022

Les auteurs de l’étude, David Macdonald et Ricardo Tranjan, soulignent que des salaires minimums plus élevés en C.-B. et en Ontario ne se traduisent pas automatiquement par de meilleures conditions de vie, car « les propriétaires immobiliers captent une part grandissante de ces hausses par le biais de loyers prohibitifs », dans un contexte de spéculation immobilière marquée ces dernières années.

Les auteurs ajoutent :

« L’écart entre le salaire locatif et le salaire minimum est tel que, dans la plupart des villes canadiennes, il est extrêmement improbable que les travailleurs au salaire minimum échappent à des besoins impérieux en matière de logement. Ils dépensent vraisemblablement une part disproportionnée de leur revenu pour leur loyer, vivent dans des espaces trop exigus, ou bien souvent les deux à la fois. »

David Macdonald et Ricardo Tranjan

Combien dois-je gagner pour vivre au Canada en 2024 ?

Comme mentionné, le rapport du CCPA conclut que le salaire locatif nécessaire pour vivre convenablement dans chaque province canadienne dépasse largement le salaire minimum en vigueur.

Selon l’étude, le salaire locatif horaire nécessaire pour assumer un logement d’une chambre en Ontario s’élevait à 25,96 $ CAD l’heure, et grimpait à 29,90 $ CAD pour un deux-chambres. Pourtant, le salaire minimum ontarien en 2022 (au moment de l’étude) n’était que de 15,50 $ CAD.

Les constats sont similaires en Colombie-Britannique et en Alberta, tandis que le Québec ainsi que Terre-Neuve-et-Labrador affichent les écarts les plus réduits entre loyers et salaires minimums. Les territoires du Nord n’étaient pas inclus dans l’échantillon.

À lire aussi : « Emplois les plus recherchés au Québec pour les nouveaux arrivants »

David Macdonald indique que pour les parents célibataires au salaire minimum dans les marchés immobiliers les plus chers du pays, louer un logement de deux chambres est tout simplement hors d’atteinte, ce qui contraint des familles entières à s’entasser dans un logement d’une seule pièce. C’est un aspect sur lequel j’ai souvent alerté les personnes qui me demandent si le projet d’immigration en solo est réalisable.

Comprenez-moi bien : je ne dis pas qu’arriver seul est impossible, mais il faut garder à l’esprit que votre rémunération doit correspondre à la réalité de votre ville d’accueil. Arriver seul avec l’illusion qu’un emploi de base en restauration rapide suffira à payer toutes les factures est une grave erreur aujourd’hui.

Macdonald rappelle également que les ménages étranglés par les coûts de logement consacreront une part toujours plus grande de leurs revenus à leur loyer, réduiront d’autres dépenses essentielles, ou seront forcés de déménager en périphérie, loin des centres-villes — voire de quitter complètement la région urbaine.

À lire aussi : « Les défis de s’établir dans une plus petite ville au Canada »

Un point pour la province de Québec (mais pour combien de temps ?)

Fait intéressant : les seules villes de l’étude où le salaire locatif pour un logement d’une chambre était inférieur au salaire minimum étaient Sherbrooke, Trois-Rivières et Saguenay, au Québec.

« Même là-bas, l’accessibilité financière du logement s’érode », tempère l’étude. « Dans toutes les autres villes canadiennes, les loyers moyens dépassent largement ce que gagnent les travailleurs rémunérés au salaire minimum. »

À Sherbrooke, par exemple, le rapport indique qu’en 2018, le salaire minimum dépassait le salaire locatif d’une chambre de 18 %, contre seulement 9 % en 2022.

Pour la majorité des villes, le nombre d’heures de travail au salaire minimum requises pour payer un deux-chambres a également augmenté entre 2018 et 2022.

Rapport sur les salaires de location au Canada 2022

Source : Rapport Can’t afford the rent: Rental wages in Canada 2022

« En somme, une part grandissante des revenus des ménages de la classe ouvrière passe désormais des employeurs aux propriétaires immobiliers, ce qui accentue les inégalités et appauvrit les locataires », résume le document.

À lire aussi : « Les meilleures villes où vivre dans la province de Québec en 2023 »

Vaut-il encore la peine d’immigrer au Canada ?

Je pourrais écrire un livre entier pour répondre à cette question, mais je crois qu’avec ces données chiffrées, vous êtes déjà en mesure de prendre des décisions plus éclairées pour votre projet.

Dans un scénario où vous et votre conjoint(e) arriveriez comme travailleurs qualifiés, disposant ensemble d’un revenu familial net suffisant pour couvrir le logement, le transport, l’épicerie et les loisirs sans excès pendant les deux premières années, je dirais que oui : votre projet d’immigration a de solides chances de réussir.

En revanche, reproduire le vieux schéma consistant à tout vendre dans son pays d’origine et venir dépenser ses économies en attendant de voir ce qui se passe n’était déjà pas très prudent à mon époque, et l’est encore moins aujourd’hui avec l’inflation que nous connaissons.

Gardez en tête que vous devez avoir en banque au minimum l’équivalent de trois mois de dépenses courantes en réserve en cas de perte d’emploi. N’oubliez pas : vous êtes loin de chez vous et de vos réseaux de soutien, et le coût de la vie ici est substantiel.

De plus, venir au Canada pour devoir cumuler deux ou trois emplois afin de joindre les deux bouts et payer son loyer n’est pas vraiment ce qu’on appelle une bonne qualité de vie. Ne soyez pas surpris de voir qu’une part notable des ménages à faible revenu vit cette réalité en ce moment. Les opportunités d’emploi sont là, c’est indéniable, mais jusqu’où êtes-vous prêt à aller pour ce projet ? Nous ne parlons pas d’un pays tropical aux plages ensoleillées, mais d’un endroit où le thermomètre descend régulièrement sous les -10 °C pendant au moins quatre mois par an.

Quelles sont les chances que cette situation s’améliore au cours des prochaines années ?

Malheureusement, personne ne détient de réponse définitive à cette question. Les différents paliers de gouvernement ont tardé à répondre efficacement à la crise du logement et à la hausse du coût de la vie.

Reste à voir si les hausses successives des taux d’intérêt porteront leurs fruits à long terme pour stabiliser le marché. Ce qui est certain, c’est qu’à mon arrivée en 2018, une maison de deux chambres coûtait environ 250 000 $ et pouvait être financée sur 30 ans à un taux d’intérêt d’à peine 1,5 % par an. Aujourd’hui, cette même propriété a plus que doublé de valeur, et son achat s’accompagne de taux hypothécaires qui ont dépassé les 6 ou 7 %.

Il n’est pas nécessaire d’être un génie de la finance pour comprendre qu’une envolée rapide des prix de l’immobilier conjuguée à des coûts d’emprunt élevés peut fragiliser l’économie. La facture finit toujours par se répercuter sur quelqu’un — et bien souvent, ce sont les locataires qui en subissent le contrecoup.

À lire aussi : « 9 règles que tout locataire doit connaître avant de louer un logement à Montréal »

Dernières réflexions

Je sais que le tableau dressé aujourd’hui n’est pas des plus roses, mais il vaut mieux regarder la réalité en face.

Le but de mon blogue est d’informer, de sensibiliser et de guider les candidats à l’immigration afin que leur projet se concrétise sur des bases solides et réalistes.

J’adore vivre au Canada ; ce pays m’a accueilli à bras ouverts et m’apporte encore d’immenses satisfactions au quotidien (mis à part les rigueurs de l’hiver, bien entendu !). Mais les temps ont changé, et une préparation financière rigoureuse est plus que jamais de mise.

Le Canada demeure un pays magnifique et plein de ressources, mais réussir son intégration exige aujourd’hui une planification sans faille.

Voilà ce que je voulais partager avec vous aujourd’hui. N’hésitez pas à vous inscrire à notre infolettre pour recevoir nos conseils pratiques hebdomadaires sur la vie au Québec et les démarches d’installation.

À très bientôt pour un prochain article ! 😉

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Marco Vasconcelos
À propos de l'auteur

Marco Vasconcelos

Brésilien, webmestre et spécialiste du commerce électronique vivant à Montréal depuis 2018. Créateur de Você no Quebec, il partage des conseils pratiques, des astuces de logement et des expériences réelles dans la province pour faciliter l'intégration des nouveaux immigrants.

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