Pourquoi la province de Québec a-t-elle sa propre politique d'immigration ?
Le Québec, une province qui a sa propre voix
Dotée de ses propres critères de sélection, de programmes distincts et du pouvoir de sélectionner ses propres travailleurs qualifiés à l’étranger, la province de Québec dispose aujourd’hui de compétences plus étendues que toute autre province canadienne en matière d’immigration.
En 1995, la province francophone est passée à deux doigts de devenir un État souverain : une mince majorité de 50,58 % des voix contre 49,42 % a scellé son maintien au sein de la fédération canadienne. Les dynamiques politiques et identitaires qui ont mené au référendum de 1995 sont précisément celles qui expliquent le pouvoir unique que détient le Québec sur son immigration aujourd’hui — des forces profondément enracinées dans son histoire et sa culture.
Un passé façonné par les conflits
Le Québec possède une histoire culturelle singulière, bien distincte de celle du Canada anglophone. En 1608 — plus de 250 ans avant la création de la Confédération canadienne —, l’explorateur français Samuel de Champlain fonde la ville de Québec avec 28 hommes, revendiquant le territoire au nom de la Nouvelle-France (qui englobait alors une vaste portion de l’est du continent nord-américain).
Il s’établit sur le site de l’ancien village iroquoien de Stadaconé ; les Autochtones désignaient les lieux par le mot « kanata » (village ou bourgade), d’où provient le nom du Canada.
Champlain, considéré comme le « père de la Nouvelle-France », administre la colonie jusqu’à sa mort en 1635. En 1763, à l’issue de la guerre de Sept Ans, la France signe le Traité de Paris, cédant la Nouvelle-France (y compris le Québec) à la Couronne britannique. Cette rupture historique a forgé la détermination séculaire des Québécois à préserver leur langue et leur culture francophone.
Le Québec se distinguait déjà du reste du Canada britannique sur les plans historique, culturel et démographique. La ville de Québec a d’ailleurs été à deux reprises la capitale de la Province du Canada (le Canada-Uni, regroupant le Bas-Canada et le Haut-Canada) avant l’avènement de la Confédération en 1867.
Cependant, l’assimilation du peuple québécois n’a jamais eu lieu : la société québécoise a farouchement préservé sa langue, ses coutumes, son droit civil et ses institutions religieuses d’origine française.
Les années 1960 marquent une période de profondes transformations politiques et sociales, connue sous le nom de « Révolution tranquille ». En 1961, le Québec tente d’établir des relations diplomatiques directes avec la France, le Royaume-Uni et les États-Unis. Le gouvernement fédéral intervient alors, réaffirmant qu’Ottawa doit demeurer le « seul interlocuteur officiel » sur la scène internationale.
Cette querelle constitutionnelle a ravivé le débat sur la place du Québec et des Canadiens français au sein du pays. En 1968, ces revendications nationales, combinées à la refonte de la politique d’immigration canadienne (qui abandonnait les quotas par pays au profit d’un système de points fondé sur les compétences professionnelles, la formation et les langues), ont conduit à la création du tout premier ministère de l’Immigration du Québec.
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1971 – 1991 : La conquête des compétences en immigration
En vertu de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique de 1867, l’immigration est une compétence partagée entre le gouvernement fédéral et les provinces. Toutefois, aucune province n’exerce aujourd’hui un contrôle aussi étendu que le Québec.
La création du ministère québécois de l’Immigration (aujourd’hui le MIFI) traduisait la conviction que la sélection des nouveaux arrivants était un enjeu fondamental — non seulement sur le plan économique, mais avant tout pour assurer la pérennité du fait français en Amérique du Nord. C’est ainsi que le Québec s’est mis à recruter activement des immigrants francophones à travers le monde.
Entre 1971 et 1991, le Québec a négocié sans relâche le rapatriement de ses pouvoirs en matière d’immigration, ce qui a abouti à quatre ententes majeures :
- L’entente Lang-Cloutier (1971) : Première entente Canada-Québec sur l’immigration, elle autorise la présence de fonctionnaires québécois dans les ambassades canadiennes pour conseiller les candidats à l’immigration ;
- L’entente Andras-Bienvenue (1975) : Elle accorde au Québec un droit de regard formel dans le processus de sélection, permettant aux fonctionnaires provinciaux de mener des entrevues et d’émettre des avis aux agents de visas fédéraux ;
- L’entente Cullen-Couture (1978) : Elle élargit ces prérogatives aux résidents temporaires et accorde au Québec le pouvoir d’établir sa propre grille de sélection pour les immigrants économiques ;
- L’accord Gagnon-Tremblay-McDougall (1991) : Également connu sous le nom d’Accord Canada-Québec relatif à l’immigration, c’est le gain le plus important de l’histoire de la province. En vertu de cet accord, le Québec obtient la responsabilité exclusive de la sélection des immigrants économiques et la gestion complète des services d’accueil, d’intégration et de francisation.
Le rôle central de la langue française au Québec
L’histoire des politiques québécoises démontre que la protection et la promotion de la langue française sont au cœur de toutes les décisions en matière d’immigration.
En 1977 est adoptée la Loi 101 (Charte de la langue française), véritable tournant sociopolitique qui fait du français la langue officielle et d’usage commun au Québec. La loi rend notamment obligatoire la fréquentation de l’école francophone pour la majorité des enfants issus de l’immigration.
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En juin 2022, la Charte a été renforcée par la Loi 96, qui accentue encore davantage l’usage exclusif du français dans l’espace public et institutionnel. Le français y est réaffirmé comme la seule langue officielle des communications avec l’administration publique québécoise, les entreprises et les services aux consommateurs.
Bien qu’elle suscite des débats auprès des gens d’affaires et de certains investisseurs, la Loi 96 est appuyée par ceux qui s’inquiètent du déclin relatif du français sur l’île de Montréal et dans la province.
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Les impacts économiques et démographiques à long terme de ces mesures continuent d’alimenter les réflexions des gouvernements et des communautés immigrantes.
Et quelle est la place des Brésiliens dans ce contexte ?
Comprendre les spécificités de la politique d’immigration québécoise est essentiel pour tout candidat désireux de s’y établir. En raison de l’accent mis sur la francophonie, les candidats qui partagent une affinité culturelle et linguistique ont de fortes chances de réussir leur intégration, à condition de répondre également aux critères économiques fixés par le gouvernement.
La bonne nouvelle pour mes compatriotes est que la communauté brésilienne jouit d’une excellente réputation au Québec. Bien que moins nombreux que d’autres communautés, les Brésiliens démontrent une grande facilité d’adaptation, ce qui pousse de plus en plus d’entre eux à choisir la Belle Province.
Cela commence par l’apprentissage du français : les locuteurs d’une langue latine comme le portugais partagent des structures grammaticales et lexicales très proches du français, ce qui facilite considérablement l’apprentissage rapide de la langue.
S’y ajoutent des proximités culturelles et de convivialité : les Québécois sont chaleureux, festifs et accessibles, ce qui facilite les liens humains et l’intégration au quotidien.
Enfin, notre flexibilité relationnelle et notre sens du compromis constituent des atouts précieux en milieu de travail pour s’intégrer harmonieusement et surmonter les défis inhérents à tout parcours d’immigration.
Voilà pour ce survol historique et pratique. N’hésitez pas à vous abonner à notre infolettre pour recevoir toutes nos astuces sur l’installation et la vie au Québec !
À bientôt dans le prochain article ! 😉
Marco Vasconcelos
Brésilien, webmestre et spécialiste du commerce électronique vivant à Montréal depuis 2018. Créateur de Você no Quebec, il partage des conseils pratiques, des astuces de logement et des expériences réelles dans la province pour faciliter l'intégration des nouveaux immigrants.
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